Journal : le pouvoir de l'écrit

3 mars 2014
Romain Bisseret

Non, je ne vais pas vous parler des média aujourd'hui, le fameux "5e pouvoir", mais de la technique du journal de bord. Et en quoi en tenir un, quelque soit le domaine (professionnel ou personnel), peut vous changer la vie dans des proportions que vous ne soupçonnez probablement pas.

Lorsqu'on parle d'écrire dans un journal par rapport à tel ou tel sujet, la plupart du temps on garde l'image du journal intime de la collégienne (plus rarement du collégien, mais vous ne m'entraînerez pas vers le gender !), et il faut bien avouer que c'est rarement ce qu'on souhaite projeter dans un domaine professionnel. Soyons clairs tout de suite, le journal que nous qualifierons "de bord", n'a absolument rien à voir avec un épanchement de pensées adressées à un objet dans le simple but de se confier à quelqu'un. La technique de l'écriture concentrée, appelée journaling chez les anglo-saxons, a pour objectif clair de vous aider à réfléchir sur le sujet de la concentration, de manière à pouvoir étayer, argumenter et faire progresser votre pensée. C'est pourquoi nous utilisons désormais systématiquement cette technique dans nos coaching, entre les séances. En fait, je vais y aller à l'anglo-saxonne et vous énumérer en 6 raisons pourquoi tenir un journal de bord peut vous changer la vie (après tout, c'est l'accroche de cet article).

1. Se vider l'esprit par l'écrit

C'est le premier point, que l'on retrouve d'ailleurs dans le fameux mind sweep de GTD® : écrire vous permet de décongestionner votre esprit de tout ce qui l'encombre. Les clients sont toujours surpris du nombre de choses qu'ils gardent en tête, pour lesquels ils estiment qu'il est inutile de les écrire quelque part car "c'est dans la tête". Justement, si c'est dans la tête, pardonnez-moi de vous le dire, c'est que ce n'est pas au bon endroit. Quand, une fois qu'ils ont effectué ce ménage de cerveau, je leur demande combien de temps il leur faudrait à leur avis pour mémoriser cette liste s'ils le devaient, ils me regardent avec des yeux impuissants. C'est normal. Donc la première force de l'écriture, c'est libérer l'esprit, pour pouvoir enfin penser à plus haut niveau. Vous ne pouvez pas efficacement songer au long terme si le quotidien hurle à travers la porte. Dans un autre registre, Julia Cameron préconise également de vider dans un journal ses pensées tous les matins au lever. C'est un exercice extrêmement salutaire. Il ne s'agit pas là d'écrire pour être relu, mais simplement de tout jeter sur le papier, en une sorte de flux tendu, sans réflexion. Tout ce qui passe. Les morning pages de Julia Cameron vous permettent d'aborder la journée l'esprit libre, et plus clair.

2. Gérer vos émotions grâce au journal écrit

Ecrire dans un journal de bord permet également de mieux gérer les émotions, d'arriver à étiqueter les sentiments qui peuvent au départ paraître diffus, et pour les personnes familières de la communication empathique, d'accéder ensuite au besoin qui se trouve derrière. Même si au travail, les sentiments sont tabous (hormis la colère, malheureusement), il n'en reste pas moins que vous les ressentez car vous êtes un être humain. Avoir un moyen de les traiter, et de gérer les émotions qui vont avec, pourra vous apporter un regain de sérénité. Parmi mes clients ayant ce que j'appelle un rôle social (avocats, notaires, et toute profession sur qui leur client se "décharge" de ses propres problèmes), nombreux sont ceux qui trouvent extrêmement bénéfique de tout écrire à la fin de la journée dans un journal, pour se décharger eux-mêmes, se libérer de ces soucis qui ne sont pas les leurs, et leur permettre de les gérer ensuite. Il n'est absolument par nécessaire de se relire plus tard, le simple fait de les écrire suffit souvent à les rendre gérables. C'est un excellent moyen pour gagner en clarté et en connaissance de soi.

3. Relire son journal écrit : une réflexion sur le passé

Pour qui veut progresser dans un domaine, la relecture d'un journal de bord est d'une grande aide. En effet, en écrivant très régulièrement, vous constituez une base de donnée qui vous concerne. En vous relisant quelques semaines, voire quelques mois plus tard, vous verrez très clairement émerger des schémas, soit de comportement, soit de pensée, soit même les deux. Vous pourrez identifier vos déclencheurs, quel que soit le domaine, et vous les reconnaîtrez immédiatement la prochaine fois qu'ils seront activés. En coaching, le journal est un des outils qui permettent au client de constater par lui-même le changement qui s'opère, d'identifier ce qui l'empêche de changer, et de pouvoir ainsi agir efficacement dessus. Un tel enregistrement du passé permet aussi de reconnaître et célébrer les progrès survenus, c'est très gratifiant, et un très bon moteur pour la confiance en soi.

4. Une augmentation de la productivité

Écrire les choses dans un journal vous donne un sens de l'accomplissement à nul autre pareil (du même ordre que de rayer la tâche effectuée sur une to-do list !), et augmente votre productivité. Au bout d'un moment, vous ressentirez une grande satisfaction à avoir rempli plusieurs cahiers, ou plusieurs pages électroniques, de pensées, réflexions, sentiments, stratégies, etc. Beaucoup de gens songent à écrire un livre, mais finalement peu vont plus loin par crainte du temps que ça prend. En écrivant tous les jours, vous réaliserez bientôt que vous avez, de fait, écrit un livre ! Et un qui contient souvent des choses très profondes. Rien que cela peut vous engager par la suite à écrire un autre livre, sur un autre sujet que vous-mêmes, qui soit plus partageable. C'est bien connu, une page par jour, et vous aurez 365 pages à la fin de l'année. La plupart des livres font moins que ça (évidemment, vous aurez rarement une page de journal exploitable par jour, mais vous avez l'idée). Chaque page écrite est une possibilité de votre livre. C'est un cercle vertueux.

5. Voir les choses en grand grâce au journal écrit

Sans vouloir trop verser dans la métaphysique, écrire les choses leur donne un début de réalité. Ce qui n'était que pensée, fugace, volatile, fragile et sujette à oubli, se trouve désormais inscrit et prêt à être développé dans notre monde. Notre cerveau a besoin de ces soutiens pour pouvoir développer sa pensée. S'il reste constamment occupé à essayer de se souvenir de la pensée et de son intégrité, il a du mal à se projeter très loin. C'est aussi pourquoi les techniques de management visuel fonctionnent très bien. Regardez par exemple les scénaristes qui, souvent, écrivent leurs scènes sur des cartes bristol (ou Evernote), puis les placent et déplacent les unes par rapport aux autres, à la recherche de l'enchaînement parfait. Une fois que les pensées sont écrites, vous pouvez les manipuler. Vous pouvez vous appuyer dessus pour progresser, cela vous donne un levier puissant pour les intégrer ensuite à vos ambitions à long terme.

6. L'implication envers les écrits du journal

OnlineINXL_1Enfin, et ce n'est pas rien, écrire les choses vous implique. Comme l'a dit Benjamin Franklin, "Dis-moi et j’oublie. Enseigne-moi et il se peut que je me souvienne. Implique-moi, et j’apprends". Le fait d'écrire les choses vous engage. Non pas nécessairement vers une réalisation, mais au moins vers une décision quant à ces choses. Pour GTD par exemple, beaucoup de gens pensent que tout noter les oblige à devoir faire effectivement ce qu'ils ont noté, alors que non ; par contre cela les oblige à décider s'ils vont faire ou non cette chose. Et prendre une telle décision réduit le stress au final, puisqu'on sait pourquoi on ne fait pas certaines choses : on a finalement décidé de ne pas les faire (au lieu de se les traîner pendant des années avec mauvaise conscience). En ce qui concerne les objectifs, les écrire est quasiment une obligation si on souhaite leur succès, en prenant soin de les écrire de manière SMART (spécifique, mesurable, atteignable, réaliste et temporisé). Cela permet l'action, et peut également servir à augmenter la motivation. Car tout en restant réaliste, on peut écrire des objectifs excitants.

En conclusion : écrivez, tenez votre journal !

Il y a peut-être d'autres raisons encore pour tenir un journal de bord. Nous trouvons en tout cas ce procédé tellement efficace que, chez In Excelsis, la tenue d'un tel journal est une obligation pour nos clients en coaching. Les gains réalisés lors des sessions sont incroyables en comparaison d'un coaching classique, car le client a substantiellement progressé entre les sessions, et le coach en a été témoin, et peut donc attaquer la séance suivante bien plus profondément que dans un coaching classique. Sans aller jusqu'à faire un pareil travail, écrire quotidiennement est un excellent exercice de développement professionnel, qui mérite d'être reconnu à sa juste valeur.

Alors, vous écrivez ?

Littérature :

ALLEN, David, S'organiser pour réussir

CAMERON, Julia, Libérez votre créativité

6 comments on “Journal : le pouvoir de l'écrit”

  1. Très bon article. La valeur de l'écriture quotidienne, je la connais (puisque je la pratique) et quand je m'en éloigne - pour des raisons fallacieuses genre "pas le temps" - je m'en mords toujours le stylo ! 😉
    Ecrire permet en effet de sortir du flou, de la confusion, de lister ses priorités et de faire des choix avec lesquels on est en accord plutôt que de les faire par défaut, quand la procrastination ne nous laisse plus beaucoup de marge de manoeuvre...
    Merci Romain, pour ce précieux rappel.

  2. Bonjour Romain,

    Je lis avec intérêt ce post, merci d'ailleurs pour cette contribution.
    Le sujet titille ma curiosité, j'y vois en effet plein d'effets bénéfiques. J'ai déjà pioché ça et là quelques infos à propos du "journaling".
    Mais je n'ai toujours pas pris le train, parce que je me demande encore "quoi" et "sur quoi/quel support" retranscrire.
    Je pense que vous avez déjà rencontré ce genre d'arguments au cours de vos coachings, et je me demandais quelle était votre recommandation.

    Merci pour votre blog!

    1. Bonjour Christian,

      merci pour ce commentaire qui me donne en effet l'occasion de préciser des choses importantes ! Sur "quoi" écrire, là pour le coup, je ne peux pas vous orienter mieux qu'en vous disant : sur ce qui vous tient à cœur de faire/développer/résoudre. Si vous démarrez un projet, vous pouvez concentrer votre écriture sur "ce qui se passe" durant ces phases de démarrage ; qu'ont donné les rendez-vous à ce propos ? quelles sont vos réflexions sur la stratégie à mener ? quelle est votre perception des événements, de l'actualité par rapport à ce projet ? Un point important, aussi, est de toujours proposer des pistes de solutions (même juste intuitives) si jamais vous mentionnez un problème ; l'idée n'est pas d'énumérer les problèmes, mais d'orienter votre esprit à la recherche d'actions vers des solutions par rapport au problème rencontré.

      Concernant le support, la réponse sera sans doute plus concrète : celui qui vous "parle" le mieux. Il est nécessaire que le support vous plaise, que vous ayez envie d'écrire dessus/avec. Si vous êtes un amoureux des Moleskine, n'essayez pas d'écrire sur Word ! Si c'est Evernote qui vous plaît, allez-y ! Encore une fois, il n'est pas nécessaire que cela permette les mises en forme ou les corrections d'orthographe, le but n'est pas d'être relu par d'autres, mais par vous-mêmes ultérieurement. Ce qui compte, c'est le contenu. Trouvez l'outil de "zéro résistance", et même au delà, l'outil "porteur" : quel support vous donne spontanément envie d'écrire dessus ? C'est celui-là qu'il vous faut.

  3. Bonjour Romain, Super article ! . La technique du journal est quelque chose que j'utilise depuis des année mais je me demande si je l'utilise bien. J'ai deux types de journeaux : Un sur papier ou je matérialise mes pensées (généralement mes états d'ame et mes projets ou ma vie en général) c'est un peu mon guide de conscience. L'autre est plus un journal d'affaire que je fait sur Evernote qui gère pratiquement tout chez moi maintenant).

    L'avantage du journal papier c'est de matérialiser ce que j'ai au plus profond de moi. En relisant ce journal je me rend compte souvent que je suis plus pessimiste ou que mon analyse de certaines situation était fausse ou au contraire parfois visionnaire et/ou trop en avance sur son temps. Que j'ai mal ou trop bien jugé certaines personnes. que certaines périodes de l'année sont plus propices que d'autres pour certaines actions. C'est intéressant.
    Mon 2 eme journal (une simple note journalière evernote) groupe mes actions réalisées, les gens que je rencontre, ce que j'en pense et des choses plus intimes sur la journée (niveau d'energie etc...) C'est un peu mon carnet de bord comme en bateau.

    Je revise mes journeaux souvent. Evernote au moins une fois par jour pour les notes evernote et pour mon cahier une fois par mois avec des controles trimestriels notes sur mon agenda (papier !)

    Qu'en penses tu ? Est ce la bonne méthode ?

    1. Bonjour Ju, merci pour ton commentaire !
      Ma première réflexion, tu commences à me connaître, c'est : si ça marche pour toi, alors c'est que tu le fais bien 😉 J'aime bien la séparation des médias que tu fais selon les thématiques, personnellement je fais pareil. Ce qui est perso est sur papier, ce qui est professionnel (en l'occurrence, principalement ce dont je parle dans cet article) est sous forme électronique. Je n'ai absolument aucune explication rationnelle sur la correspondance entre le média et le sujet, mais je sais que c'est comme ça que je suis à l'aise, donc je ne vais pas plus loin.

      Je revois ces journaux moins fréquemment que toi. Le plus souvent mes écrits business, c'est toutes les semaines, et je ne relis pas toujours tout de suite la semaine précédente, j'aime bien laisser davantage de temps, je trouve que les schémas récurrents m'apparaissent plus facilement. Tous les jours, j'aurais trop le nez dans le guidon (j'ai mes listes d'action et mon calendrier, c'est déjà pas mal ! 😉 ).

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