Coaches, faites bien attention au syndrome du Sauveur !

9 septembre 2013
Romain Bisseret

[dropcap style="font-size:60px; color: navy;"]J[/dropcap]'entends de plus en plus souvent depuis quelques mois, de la part de collègues coaches, à peu près ceci : « je sais qu'on n'est pas censé, mais parfois, je donne des conseils à mes clients; Ils sont coincés et je vois ce qui les bloque... ça va, c'est pas grave ».

Le rôle des coaches

En tant que coaches professionnels, nous le savons tous : si, c'est grave ! On nous a appris, lors de notre formation (si elle a été bien faite) qu'il ne faut jamais donner de conseil. Et je suis pratiquement sûr que nous avons tous aussi appris pourquoi. Mais apparemment, avec le temps, cette résolution se dilue, même parmi des coaches PCC et MCC de l'ICF !

Nous autres, coaches, avons un positionnement absolument unique vis-à-vis de nos clients, et c'est sans doute la raison pour laquelle il est si difficile à maintenir. Nous accompagnons nos clients dans leur découverte de leurs propres solutions, et pourtant notre aide se résume uniquement à s'assurer qu'il y a une réelle volonté de leur part, et suffisamment de place dans leur vie pour que le coaching prenne place. En fait, on ne les aide pas, stricto sensu. On s'assure qu'il existe la possibilité pour eux de s'aider eux-mêmes, et nous la maintenons.

On pourrait penser que je joue sur les mots, mais des mots mal utilisés pourraient nous laisser penser que nous, coaches, sommes des aides actives, et c'est le premier pas vers le Syndrome du Sauveur : cet étrange sentiment qui a tôt fait de grossir en croyance comme quoi nous pouvons guérir nos clients car nous savons ce qui leur arrive. Si vous pensez être devenu coach pour "répondre à un appel", vous devriez vous méfier particulièrement de ceci.

Les dangers du conseil pour les coaches

En surface, donner un conseil semble sans danger : après tout nous ne faisons que suggérer une solution à une situation. Mais ce qui se passe réellement, du point de vue du coaching, c'est que :

  • nous perdons pied,
  • nous trahissons notre client.

Nous perdons pied car nous nous plaçons immédiatement en situation de pouvoir, celle de celui qui sait (et qui a donc des solutions). Et c'est une trahison car ne pas respecter l'égalité dans la relation est une rupture du contrat, selon lequel nous devons faire en sorte que notre client investisse son propre pouvoir.

84743519Si c'est le client qui vous demande, vous devez, en tant que coach, reconnaître qu'il se passe un transfert psychologique. Votre client tente de vous replacer dans son cadre de référence familier (pour le meilleur ou pour le pire). Si le client ne vous demande rien, mais que vous donnez ce conseil de vous-mêmes, alors c'est vous, agissant tel le Sauveur, qui comblez votre besoin d'aider les autres en projetant vos propres visions sur ce qu'expérimente votre client. Dans les deux cas, ce n'est plus une situation propice au coaching.

Franchement, pensons-y deux secondes : comment moi, le coach, qui ne connait cette personne que depuis quelques heures au mieux, puis-je savoir ce qu'il pourrait arriver de mieux dans son écologie pour que ce client mette en place la meilleure solution possible pour lui ?

La réponse est simple : je ne peux pas. La bonne nouvelle l'est aussi : je n'ai pas besoin de le faire (si tant est que j'en sois capable...). En fait, je ne veux même pas pouvoir l'imaginer, ni même prétendre comprendre ce que mon client traverse. En tant que coach, la seule chose que je veux être capable de faire est de réellement, profondément, et totalement écouter cette personne, et poser les questions sur le moment. Je ne veux même pas "savoir" quelle question je vais poser dans dix secondes.

La posture des coaches : le confort dans l'inconfort

Nous devons avoir confiance dans l'inconfort du non-savoir, car c'est le lieu où nous serons efficaces. Quand on est dans cette position vulnérable, on ne se sent pas puissant, et pourtant nous le sommes. Nous le savons bien : le pouvoir est dans la vulnérabilité. C'est aussi vrai pour nous que pour nos clients, car c'est vrai pour tout être humain.

Je ne suis pas un Sauveur. Je ne suis pas un soigneur. Je suis un être humain qui chemine côte à côte avec un autre —mon client, sur le chemin qui est le sien, en posant des questions qui le provoquent avec bienveillance, de façon à ce qu'il puisse atteindre ses objectifs d'une manière dont je n'ai, a priori, aucune idée.

Une position d'égalité dans la relation avec notre client est ce qui fait la spécificité du coaching, et ne se retrouve (du moins à ma connaissance) dans aucune autre relation d'accompagnement. Cette position qui est la nôtre, bienveillante sans être permissive, impliquée sans être directive, concernée sans être savante, permet le respect mutuel, l'engagement et la liberté de parole. Elle participe de ce qui rend le coaching efficace, et doit être préservée. Évaluer votre client, ou lui donner des conseils, peut vous donner, à vous coach, le sentiment d'être efficace, d'investir votre pouvoir de coach. Mais vous n'êtes pas ici pour investir votre pouvoir. Votre client, oui.

(Cet article a été publié précédemment en anglais le 1er mai 2013 sur le blog d'ICF monde, ici)

4 comments on “Coaches, faites bien attention au syndrome du Sauveur !”

  1. Merci pour votre article très intéressant. Je partage tout à fait votre analyse, j'ai en effet eu la chance d'être formée à cette vision du "pas de conseils, svp, les amis sont là pour ça !". D'autant plus que j'ai (malheureusement) expérimenté les conseils venant d'un coach, quand je me suis faite coachée moi même et ce fut très troublant. Surtout que les conseils en question bien évidemment ne rentraient pas dans mon modèle du monde..., ce sentiment de trahison dont vous parlez est absolument réel. La bonne nouvelle est que l'ayant moi même expérimenté, j'ai un bon garde fou !

  2. Merci pour votre commentaire, et merci de souligner ce point qu'en suggérant une solution, on éclipse en effet totalement l'écologie du client. Je suis ravi de lire que vous avez pu transformer l'expérience en atout positif !

  3. J'aime beaucoup votre position franche. Je pense que l'expérience et les résultats obtenus par les clients grâce à cette position de non-conseils peuvent transformer ce sentiment de vulnérabilité inconfortable en celui d'une grande force intérieure. L'inconfort appartient surtout à ceux qui débutent ou ne font pas confiance à leurs clients.

  4. Merci Marie-Pierre (et pardon pour le temps de réponse !). De fait, cette sensation d'inconfort, que j'ai découvert au départ comme comédien, sur scène, s'apprivoise avec le temps et surtout la pratique, pour devenir une zone toujours mouvante, mais familière. Et comme vous le soulignez, les résultats ne peuvent qu'encourager à en prendre soin.

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