La stigmergie, ça simplifie !

15 avril 2014
Romain Bisseret

En relisant certaines études récemment, je suis retombé sur le concept de stigmergie. Là comme ça, pour la plupart d'entre nous, ça n'évoque pas grand chose. Pourtant, quand on arrive à gérer ses tâches suivant ce principe, on atteint un grand état de zenitude. Je vous montre ?

Comme je ne veux pas solliciter inutilement votre attention trop longtemps, voici ce que dit Wikipédia de la stigmergie : "La stigmergie est une méthode de communication indirecte dans un environnement émergent auto-organisé, où les individus communiquent entre eux en modifiant leur environnement [...] Le terme fut introduit par le biologiste français Pierre-Paul Grassé en 1959, en référence au comportement des termites. Il le définit comme : Stimulation des travailleurs par l'œuvre qu'ils réalisent". C'est en relisant l'étude scientifique de Francis Heylighen et Clément Vidal que je suis retombé nez à nez avec ce concept qui, jusqu'ici, ne m'avait pas aussi nettement parlé. Voici ce qu'ils en disent :

[quote]Une activité est stigmergique si l'action d'un agent laisse une marque (sitgma, en Grec ancien) dans l'environnement qui stimule à son tour un  agent (lui-même ou un autre) à faire en conséquence un travail (ergôn, Grec ancien). Cette action suivante laissera à son tour une autre marque, qui à nouveau stimulera une autre action. Ainsi, différentes actions se déclenchent les unes les autres, via les traces qu'elles laissent dans l'environnement.[/quote]

StigmergieLe processus, utilisé par les termites et les fourmis, nous ferait une belle jambe (notez qu'elles en ont six) si on en restait là. Mais si l'on rapproche ce concept de la productivité personnelle, on s'aperçoit que c'est très en accord avec les meilleures pratiques. Tout projet, quel qu'il soit (les Jeux Olympiques, Aller sur la Lune, etc), n'est jamais qu'une suite d'actions très simples (appeler machin, lister les sponsors, récolter les indicateurs bidules...) qui s'enchaînent les unes les autres ; certaines se réalisent parfois en série ou en parallèle, mais on retrouve l'idée du chemin critique que les chefs de projet connaissent bien : la liste des actions à faire pour obtenir le résultat souhaité (et le temps minimum pour ce faire). Ces meilleures pratiques nous invitent notamment à, autant que possible :

  • dégager l'action suivante de façon très, très concrète, qui fait effectivement avancer le projet (verbe d'action bienvenu),
  • penser suffisamment à cette action au moment où l'on définit notre travail, de façon à ce que, lorsqu'il s'agira de la faire, on n'ait plus à y réfléchir de nouveau.

Ainsi lorsqu'on revoit l'action ensuite, on est immédiatement stimulé à agir.

Suffisamment définir l'action à l'avance, ce n'est pas la faire ; c'est définir et préparer tout ce dont on aura besoin pour la faire quand le moment sera venu. Pourquoi est-ce bien ? Parce qu'ainsi, confiants que nous sommes dans le fait que nous avons déjà pensé cette action, nous pouvons l'agir immédiatement. Et aussi parce que le flou engendre la procrastination, et qu'un des moyens de lutter contre ceci est, précisément, d'être précis (sic). Autrement dit, à l'idéal, nos actions s'enchaînent de façon "stigmergique" : les actions placées sur les listes de contextes sont suffisamment précises et définies pour pouvoir être effectuées (non pas) sans réfléchir (mais sans devoir la redéfinir de nouveau), et s'enchaîner les unes les autres.

Imaginez un instant : pour chacun de vos projets, vous avez défini l'action suivante à effectuer, et éventuellement quelques unes qui s'enchaînent ensuite, en faisant en sorte de fournir à chaque fois que c'est nécessaire les documents supports pour cette action. Vous commencez le projet en suivant la première action. Vous passez à autre chose. Trois jours plus tard vous passez à la deuxième action, comme si c'était quelqu'un d'autre qui vous avait mâché le travail à l'avance, en suivant simplement les instructions issues de la première. Et ainsi de suite. Pour pratiquer la chose depuis des années, je peux témoigner que le niveau de stress est très, très bas. Et celui de productivité, plutôt élevé.

Sans travailler comme des fourmis, il est possible de leur emprunter cette bonne pratique, qu'en pensez-vous ?

[learn_more caption="Sources et références" state="open"] Francis Heylighen & Clément Vidal, Getting Things Done: The Science behind Stress-Free Productivity, Université Libre de Bruxelles, 2007 [/learn_more]

5 comments on “La stigmergie, ça simplifie !”

  1. Dans le contexte de GTD, la stigmergie, on la retrouve aussi dans le fait d'avoir des listes d'action par Contexte (donc, relatives à l'environnement). Par ailleurs, et c'est également mentionné par David Allen, l'environnement lui-même peut être le rappel de l'action à faire.

    Rangez vos clés à côté de la porte, ça aide à ne pas les oublier en sortant. Si vous ne voulez pas oublier quelque chose à faire dans la cuisine, notez-le sur un post-it posé sur la porte de la cuisine, etc.

    A noter que la stigmergie ne fonctione bien qu'avec soi-même, sauf à être une fourmi. Laissez trainer ces chaussettes sales pour que le *conjoint* les mette dans le bac à linge est certes de la stigmergie, mais l'effet ne sera probablement pas celui escompté 😉

  2. J'aime beaucoup l'exemple 🙂

    Note que c'est aussi à l'œuvre dans un travail d'équipe : quand plusieurs membres d'une même équipe ou société ont adopté par exemple la banette-inbox, un membre peut passer déposer quelque chose dans la banette d'un autre, quand cet autre traitera son inbox il en fera quelque chose.

    1. oui, c'est aussi une forme de stigmergie, mais "light" à mon sens.

      De la stigmergie efficace, c'est par exemple de mettre l'aide à remplir un modèle de document, DANS le document lui-même.

      C'est les sites webs qui te prennent par la main pour t'expliquer ce qu'il faut saisir, dans quel ordre, et quand tu passes la souris sur un élément, une bulle d'aide contextuelle t'explique ce qu'il faut faire. etc. 🙂

    1. Excellent ! Comme quoi, quand "c'est dans l'air", ça se propage tout seul. Je suis également tombé sur un autre article quelques jours après avoir écrit le mien.

      L'article du JdN (et celui de Lilian Ricaud, derrière) est sympa, mais de là à vouloir faire de la stigmergie un processus de gouvernance en soi, je trouve qu'il y a un pas. C'est un peu le biais de la nouveauté, on essaie souvent de tout chambouler d'un coup. L'auteur doute aussi, mais il se pose la question et déjà, je trouve que c'est aller loin ; par contre, se poser la question de savoir ce qu'on peut en tirer pour intégrer/améliorer/optimiser un modèle plus global me paraît une très bonne démarche.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Suggestions de lecture

25 janvier 2023
Comment aider votre ado à travailler
5 décembre 2022
Ce ne sont pas vos listes qui sont dingues…
7 mars 2019
Alignement : de la raison d’être à la prochaine action
9 mai 2018
Les 3 paradoxes de GTD (et comment s’en sortir)
12 décembre 2017
GTD et les responsabilités : le pont entre l'action et la raison d'être
10 novembre 2017
À l'aide ! J'ai trop de réunions. Je n'arrive plus à avancer !
30 octobre 2017
Holacracy et GTD : de la gestion de soi à l'organisation collective
27 juillet 2017
Partir en vacances dans les meilleures conditions
1 juillet 2017
La prochaine action, ou comment s'auto-déléguer
16 juin 2017
Covey vs. Allen : Complémentarité ou Contradiction
5 juin 2017
L'open space stimule la créativité...
24 mai 2017
Un Jour, Peut-être : la liste GTD au potentiel infini
7 mai 2017
GTD et Pomodoro
18 avril 2017
GTD : La revue (hebdo) express
18 avril 2016
GTD... de A à Z ! ou la technique de l'alphabet
21 avril 2015
Le système idéal
14 mars 2015
Vous n'aurez jamais fini !
25 février 2015
Une journée type
23 janvier 2015
Réduire les interruptions : un système
26 août 2014
Soyez Renard et Hérisson
Référencé Datadock
Certification Qualiopi
Mentions légales
Politique de confidentialitéConditions générales
Décideurs Magazine
In Excelsis S.A.S. au capital de 10.000 €
26 rue du Commandant René Mouchotte, 75014 Paris
01 44 30 06 37 
RCS de Paris 810 870 998
TVA intracom FR58810870998
Organisme de Formation Professionnelle n° 11755387575
Distributeur exclusif
Partenaire officiel
linkedin facebook pinterest youtube rss twitter instagram facebook-blank rss-blank linkedin-blank pinterest youtube twitter instagram